Procès plagiat Telekinesis : Travis Scott, SZA et Future devant le juge

mars 12, 2026
Léna Roussel
Ecris par Léna Roussel

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Procès plagiat Telekinesis : Travis Scott, SZA et Future devant le juge

Vous pensez peut-être que les grandes stars du rap américain sont au-dessus des lois musicales — le juge fédéral Mary Kay Vyskocil vient de rappeler que non. Dans l’affaire qui oppose la chanteuse gospel Victory Boyd à Travis Scott, SZA et Future, la magistrate a rejeté la demande de non-lieu présentée par les défendeurs, ouvrant la voie à un procès en bonne et due forme autour du procès plagiat Telekinesis Travis Scott SZA Future. Au cœur du litige : la chanson "Telekinesis", extraite de l’album Utopia (2023) de Travis Scott, accusée d’avoir été construite sur une démo de Boyd intitulée "Like the Way It Sounds", sans autorisation ni compensation.

Cette décision judiciaire ne concerne pas seulement quelques millions de dollars de redevances. Elle soulève une question fondamentale sur la protection des créateurs indépendants face à l’industrie musicale dominée par quelques labels tentaculaires.


Le nœud de l’affaire : une démo utilisée sans consentement

Victory Boyd est une artiste gospel dont le nom reste peu connu du grand public. Pourtant, sa voix et ses compositions auraient circulé dans les cercles les plus influents du hip-hop américain. Selon les documents déposés devant le tribunal fédéral de Manhattan, Boyd aurait enregistré une démo intitulée "Like the Way It Sounds" et l’aurait partagée dans le cadre d’une collaboration potentielle.

Le problème central est simple dans sa formulation, redoutable dans ses implications : la démo aurait été utilisée sans que Boyd ait jamais signé d’accord d’autorisation. Sa mélodie, ses arrangements vocaux et des éléments structurels de composition se retrouveraient dans "Telekinesis", sans que son nom figure au générique de l’œuvre publiée.

Les avocats de Boyd font valoir que :

  • La ressemblance entre les deux œuvres dépasse le simple hasard ou l’influence stylistique
  • Aucun accord de cession de droits n’a jamais été conclu entre leur cliente et les parties défenderesses
  • Le silence contractuel ne vaut pas consentement, contrairement à ce que la défense semble suggérer

La demande de non-lieu rejetée : ce que cela signifie juridiquement

Dans le droit américain, une motion de non-lieu (motion to dismiss) permet à la défense de demander l’abandon des poursuites avant même que l’affaire soit examinée sur le fond. C’est une stratégie classique dans les litiges de droits d’auteur : elle vise à épuiser la partie adverse financièrement et à éviter une instruction longue et coûteuse.

Le rejet de cette motion par la juge Vyskocil est un signal fort. La magistrate a estimé que les éléments produits par Boyd étaient suffisamment sérieux pour justifier un examen complet du dossier. Autrement dit, il existe selon elle une base légale plausible pour que l’affaire prospère devant les jurés ou lors d’un jugement au fond.

Cela ne préjuge pas de l’issue finale du procès, mais cela place les défendeurs — Travis Scott, SZA, Future, ainsi que leurs maisons de disques respectives — dans une position inconfortable. Ils devront désormais répondre point par point aux accusations, produire des preuves, exposer leurs processus créatifs.

Le rôle énigmatique de Ye dans la co-paternité de l’œuvre

L’un des éléments les plus troublants de ce dossier est la question de la co-paternité contestée de Ye — anciennement connu sous le nom de Kanye West — sur l’œuvre originale de Victory Boyd.

Selon les éléments du dossier, Ye aurait été impliqué dans la session créative où "Like the Way It Sounds" a pris forme. Cette implication soulève une question délicate : si Ye est co-auteur de la démo, dans quelle mesure pouvait-il — ou ne pouvait-il pas — autoriser son utilisation dans le cadre d’un autre projet sans l’accord de Boyd ?

La défense s’est appuyée sur cet argument pour suggérer que Ye avait légitimement pu accorder les droits d’utilisation à l’équipe de production de "Telekinesis". Boyd et ses avocats contestent vigoureusement cette interprétation, rappelant que la co-paternité n’implique pas un droit unilatéral de disposer d’une œuvre commune.

En droit d’auteur américain, les co-auteurs d’une œuvre partagent les droits de manière indivise, mais chacun peut accorder des licences non exclusives sans le consentement de l’autre — tout en devant reverser à l’autre sa part des revenus. Si Ye est reconnu comme co-auteur, cela pourrait limiter les dommages récupérables par Boyd, sans pour autant blanchir les défendeurs sur la question de la rémunération.

Des dommages potentiellement limités : une victoire à demi-teinte ?

L’enjeu financier de ce procès mérite d’être examiné avec précision. Même si Victory Boyd obtient gain de cause, les dommages auxquels elle pourrait prétendre risquent d’être considérablement réduits par plusieurs facteurs juridiques.

  • L’enregistrement préalable du copyright : en droit américain, les dommages statutaires et les honoraires d’avocats ne sont accessibles que si l’œuvre était enregistrée auprès du Copyright Office avant la violation. Si Boyd n’avait pas protégé sa démo en bonne et due forme, elle ne pourrait réclamer que les dommages réels, bien plus difficiles à quantifier.
  • La part de co-auteur de Ye : si le tribunal reconnaît Ye comme co-auteur, Boyd ne pourrait prétendre qu’à une fraction des dommages calculés sur sa seule part de propriété intellectuelle.
  • Les revenus attribuables à la portion plagiée : les tribunaux américains ne condamnent pas à reverser l’intégralité des profits générés par une chanson, mais seulement la part proportionnellement attribuable à l’élément copié. Pour un titre aussi complexe que "Telekinesis", l’exercice comptable sera redoutable.

Ces limitations ne signifient pas que le combat de Boyd est vain. Elles rappellent simplement que la victoire morale et symbolique peut s’accompagner d’une réparation financière décevante — réalité cruelle pour les artistes indépendants qui engagent des années de procédure.

La protection des créateurs indépendants face aux grands labels

L’affaire Telekinesis s’inscrit dans un débat bien plus large sur la manière dont l’industrie musicale traite les petits créateurs. Depuis l’affaire Blurred Lines (2015) qui avait condamné Robin Thicke et Pharrell Williams à verser plus de 7 millions de dollars aux héritiers de Marvin Gaye, la jurisprudence en matière de plagiat musical s’est considérablement enrichie — et durcie.

Les grandes maisons de disques disposent de ressources juridiques que la plupart des artistes indépendants ne peuvent tout simplement pas égaler. Un procès fédéral à Manhattan coûte des centaines de milliers de dollars rien qu’en frais d’avocat. Boyd, artiste gospel au rayonnement confidentiel, doit affronter des équipes juridiques financées par des labels aux milliards de revenus annuels.

C’est précisément pourquoi le rejet de la motion de non-lieu revêt une importance symbolique considérable. Il signale que les tribunaux ne se laisseront pas convaincre d’enterrer l’affaire avant même de l’avoir instruite, simplement parce que les défendeurs sont célèbres et richement représentés.

Plusieurs voix du milieu musical ont d’ailleurs souligné que ce type de procès, même perdu, remplit une fonction dissuasive : il rappelle aux équipes de production qu’utiliser une démo sans traçabilité contractuelle comporte des risques judiciaires réels.

Ce que les avocats des deux camps ont déclaré

Du côté de la défense, les représentants de Travis Scott, SZA et Future ont maintenu que "Telekinesis" est une œuvre originale, que tout usage éventuel de matériau externe avait été réalisé dans le cadre légal approprié, et que les ressemblances invoquées par Boyd ne constituent pas une violation caractérisée du droit d’auteur.

Les avocats de Boyd, eux, ont salué la décision de la juge Vyskocil comme une reconnaissance du sérieux de leur dossier. Ils ont insisté sur le fait que leur cliente n’a jamais signé de document autorisant l’utilisation de sa démo, et que l’absence de contrat est précisément au cœur du litige — non pas un détail procédural.

Les prochaines étapes incluront une phase de discovery — la procédure américaine de communication forcée de pièces — qui pourrait faire émerger des messages, des contrats de studio ou des échanges internes révélateurs sur la genèse de "Telekinesis".


Points clés à retenir

  • La juge fédérale Mary Kay Vyskocil a rejeté la demande de non-lieu des défendeurs, permettant au procès de se poursuivre.
  • Victory Boyd accuse Travis Scott, SZA et Future d’avoir utilisé sa démo "Like the Way It Sounds" sans autorisation dans la chanson "Telekinesis".
  • La co-paternité contestée de Ye sur l’œuvre originale constitue un enjeu juridique central qui pourrait limiter les dommages récupérables par Boyd.
  • Les dommages potentiels sont encadrés par plusieurs facteurs : enregistrement préalable du copyright, proportion attribuable à l’élément plagié, part de propriété de Boyd.
  • L’affaire illustre la vulnérabilité des créateurs indépendants face aux ressources juridiques des grandes maisons de disques.

FAQ — Procès plagiat Telekinesis : Travis Scott, SZA et Future

Qu’est-ce que l’affaire Telekinesis en matière de plagiat musical ?
Il s’agit d’un procès fédéral américain dans lequel la chanteuse gospel Victory Boyd accuse Travis Scott, SZA et Future d’avoir utilisé sans autorisation sa démo "Like the Way It Sounds" pour créer la chanson "Telekinesis", extraite de l’album Utopia de Travis Scott sorti en 2023.

Que signifie le rejet de la demande de non-lieu dans ce procès ?
La juge Mary Kay Vyskocil a estimé que les accusations de Boyd étaient suffisamment fondées pour mériter un examen judiciaire complet. Cela ne signifie pas que Boyd a gagné, mais que le procès continuera et que la défense devra répondre aux accusations sur le fond.

Quel est le rôle de Ye (Kanye West) dans cette affaire ?
Ye aurait participé à la session créative où la démo de Boyd a été composée, ce qui en ferait potentiellement un co-auteur de l’œuvre. La défense suggère qu’il aurait pu autoriser l’utilisation de la démo, ce que Boyd conteste formellement.

Victory Boyd peut-elle obtenir des dommages importants si elle gagne ?
Pas nécessairement. Les dommages pourraient être limités par l’absence d’enregistrement préalable du copyright, la part de co-propriété de Ye, et le fait que les tribunaux ne remboursent que la portion des profits attribuable à l’élément plagié — et non la totalité des revenus de la chanson.

Quels sont les précédents marquants en matière de plagiat musical aux États-Unis ?
L’affaire Blurred Lines (2015) reste la référence : Robin Thicke et Pharrell Williams ont été condamnés à verser plus de 7 millions de dollars aux héritiers de Marvin Gaye. Ce type de jugement a rendu les équipes de production plus prudentes — en théorie — sur l’utilisation de matériaux externes.

Quelles sont les prochaines étapes du procès ?
L’affaire entrera dans une phase de discovery, au cours de laquelle les deux parties devront communiquer leurs pièces et preuves. Des contrats de studio, messages internes ou enregistrements originaux pourraient alors être produits devant le tribunal.