Amazon contre Perplexity : quand l’IA bouscule le commerce en ligne

juin 22, 2026
Léna Roussel
Ecris par Léna Roussel

Passionnée de maison et de voyage, j’adore partager des idées simples pour rendre le quotidien plus doux, ici comme ailleurs. Bienvenue chez moi — et sur les routes du monde !

Amazon contre Perplexity : quand l’agent de compras IA bouscule le commerce en ligne

Vous n’aviez pas encore fini de vous habituer aux recommandations algorithmiques qu’une nouvelle révolution s’impose : l’agent de compras IA. Non plus un moteur qui vous suggère, mais un assistant qui achète à votre place. C’est précisément autour de cette promesse que s’est cristallisée l’une des batailles judiciaires les plus symboliques de l’année 2025 : Amazon contre Perplexity AI, et son navigateur agentique Comet.

En novembre 2025, Amazon dépose une plainte fédérale contre Perplexity, accusant Comet de s’infiltrer dans sa boutique en ligne sous des dehors frauduleux. Un juge donne finalement raison au géant de l’e-commerce, qualifiant la pratique de « fraude ». Voilà qui mérite qu’on s’y arrête — non pas pour applaudir l’un ou condamner l’autre, mais pour comprendre ce que cette affaire révèle de l’avenir du commerce numérique.

La montée en puissance des agents autonomes soulève d’ailleurs des questions bien au-delà du seul shopping, comme en témoigne cet éclairage sur les risques que pose un agent IA de Meta ayant agi seul et compromis des données sensibles.


Ce que fait Comet — et pourquoi Amazon s’en est offusqué

Comet est le navigateur web développé par Perplexity AI. Son principe : naviguer sur Internet à la place de l’utilisateur, identifier des produits, comparer des offres, et potentiellement finaliser un achat de manière entièrement automatisée. L’utilisateur donne une intention — "commande-moi des chaussures de running sous 80 euros" — et l’agent s’en charge.

Le problème, selon Amazon, ne tient pas tant à l’intention qu’à la méthode. Dans sa plainte consultée par Reuters, Amazon affirme que Perplexity a délibérément configuré Comet pour masquer ses activités, en simulant une navigation humaine classique. Plus précisément, l’agent se déguiserait en Google Chrome pour accéder à la plateforme en utilisant les identifiants des clients, contournant ainsi les règles de service d’Amazon.

⚠️ Attention : Amazon avait déjà demandé à Perplexity de cesser ces pratiques un an avant la plainte. La startup avait continué malgré plusieurs mises en demeure officielles.

Amazon invoque trois griefs principaux :

  • Accès non autorisé : Comet accéderait aux comptes clients sans transparence ni consentement explicite de la plateforme.
  • Perturbation des recommandations personnalisées : l’agent interférerait avec les systèmes d’Amazon, fournissant parfois des informations erronées sur les délais de livraison.
  • Risques de sécurité : l’accès aux identifiants clients par un tiers non identifié constituerait une menace directe pour la sécurité des utilisateurs.

La métaphore d’Amazon dans ses documents judiciaires vaut le détour : "Le fait que l’intrusion de Perplexity implique un code plutôt qu’un crochet de serrure ne la rend pas moins illégale." Comme un cambriolage en col blanc.

La réponse cinglante de Perplexity : "Bullying is Not Innovation"

Perplexity n’a pas encaissé sans répliquer. Dans un billet de blog au titre délicieusement provocateur — "Bullying is Not Innovation" — la startup californienne accuse Amazon de protéger ses revenus publicitaires plutôt que l’intérêt réel des utilisateurs.

L’argument n’est pas sans fondement. Amazon tire une part substantielle de ses revenus du commerce via la publicité sponsorisée affichée dans ses résultats de recherche internes. Un agent IA qui contourne cette vitrine publicitaire pour aller directement au produit le plus pertinent représente une menace économique directe — pas seulement une question de sécurité informatique.

💡 Astuce : Si vous vous demandez pourquoi les résultats de recherche sur Amazon ressemblent parfois à un marché aux puces plutôt qu’à une quête rationnelle du meilleur produit, la réponse tient en deux mots : publicité intégrée.

L’ironie de la situation n’a échappé à personne : Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, est lui-même investisseur dans Perplexity. Et Perplexity dépense par ailleurs des centaines de millions de dollars en services cloud… chez Amazon Web Services. Une guerre entre alliés économiques, ce n’est pas la moindre des curiosités de ce dossier.

L’agentic commerce : de quoi parle-t-on exactement ?

📌 À retenir : Le terme agentic commerce (ou commerce agentique) désigne un modèle dans lequel un agent IA prend des décisions d’achat de manière autonome, au nom d’un utilisateur humain, sans que celui-ci intervienne à chaque étape.

C’est une rupture conceptuelle majeure par rapport au modèle actuel. Aujourd’hui, même avec les algorithmes de recommandation les plus sophistiqués, vous cliquez, vous validez, vous payez. Dans le commerce agentique, l’IA agit. Elle compare, sélectionne, finalise.

Ethan Mollick, chercheur à la Wharton Business School, résume bien l’enjeu : "L’intelligence artificielle ne change pas seulement ce que l’on achète, mais la manière dont on décide d’acheter."

Ce modèle existe déjà en gestation chez plusieurs acteurs :

  • Perplexity avec Comet, son navigateur agentique.
  • Amazon elle-même avec ses propres outils d’IA générative déployés depuis 2024.
  • Google avec ses agents de recherche shopping intégrés à Gemini.
  • OpenAI avec ses capacités de navigation autonome via les GPTs.

La tension naît du fait que tout le monde veut posséder ce nouveau point de contact avec le consommateur — et personne ne veut laisser un concurrent s’y glisser.

La règle du robots.txt : l’arme silencieuse des plateformes

Il existe un instrument technique, discret mais redoutablement efficace, que les grandes plateformes utilisent pour contrôler qui peut accéder à leurs données : le fichier robots.txt.

Amazon a ainsi explicitement interdit dans son robots.txt l’accès à une quarantaine de bots d’indexation, parmi lesquels : PerplexityBot, Google-Extended, ClaudeBot, ChatGPT-User, Copilot, MistralAI-User ou encore Gemini-Deep-Research. En clair : tous les grands agents IA du marché se retrouvent juridiquement et techniquement exclus de l’écosystème Amazon.

C’est une déclaration de guerre en langage machine. Et cela soulève une question fondamentale : qui contrôle l’accès au web commercial ?

Un précédent historique : les guerres du scraping sur Internet

Cette bataille n’est pas sans précédent. L’histoire d’Internet est jalonnée de conflits entre plateformes fermées et acteurs tiers cherchant à en exploiter les données.

Dans les années 2000, les sites de voyage en ligne s’affrontaient violemment sur la question du screen scraping — la pratique consistant à aspirer les tarifs des compagnies aériennes pour les agréger. Ryanair avait notamment poursuivi en justice plusieurs comparateurs de prix qui accédaient à ses données sans autorisation.

Plus récemment, LinkedIn avait obtenu gain de cause contre hiQ Labs, qui scrappait les profils publics de la plateforme pour alimenter ses propres services d’analyse RH — avant que la Cour suprême américaine ne renvoie l’affaire, complexifiant la jurisprudence.

Le cas Amazon-Perplexity s’inscrit dans cette longue tradition. Mais il y ajoute une dimension inédite : l’agent IA n’aspire pas seulement des données, il agit dans l’écosystème, en utilisant les comptes des utilisateurs réels. C’est un saut qualitatif que les tribunaux devront apprendre à qualifier.

Le double standard d’Amazon : géant en verre

Parmi les éléments les plus piquants de cette affaire, l’un mérite une attention particulière. Tandis qu’Amazon poursuivait Perplexity pour accès non autorisé à sa marketplace, il a été révélé que les propres IA de shopping d’Amazon revendaient les produits de boutiques en ligne indépendantes — sans leur accord, et contre leur volonté explicite.

Des dizaines de petits commerçants ayant toujours refusé de commercer avec Amazon ont ainsi découvert que leurs produits se retrouvaient référencés et vendus sur la plateforme via ses agents de commerce agentique. Des marchands qui n’avaient jamais signé le moindre contrat avec le géant de Seattle.

Amazon exige donc la transparence et le respect des règles chez ses concurrents, tout en pratiquant une forme d’aspiration commerciale unilatérale chez les tiers. La maison Amazon est peut-être moins en ordre qu’elle n’y paraît.

Ce que cela change concrètement pour les consommateurs

Du point de vue de l’utilisateur ordinaire, cette bataille juridique n’est pas abstraite. Elle détermine directement à qui appartient l’expérience d’achat et dans quelle mesure un tiers peut agir en votre nom sur une plateforme.

Si les agents IA comme Comet se développent sans cadre légal clair, plusieurs risques émergent :

  • Sécurité des comptes : un agent qui accède à vos identifiants Amazon pour acheter à votre place est un vecteur potentiel de compromission, en cas de faille ou de détournement.
  • Responsabilité en cas d’erreur : si l’agent commande le mauvais produit, se trompe de quantité ou finalise un achat non souhaité, qui est responsable ? Perplexity ? Amazon ? Vous ?
  • Manipulation algorithmique : un agent IA peut être orienté, consciemment ou non, vers certains produits ou marchands selon des critères opaques.

Ces questions ne sont pas théoriques. Elles appellent un cadre réglementaire que ni l’Europe ni les États-Unis n’ont encore pleinement élaboré pour l’ère du commerce agentique.

FAQ

Qu’est-ce que l’agent Comet de Perplexity ?
Comet est un navigateur web développé par Perplexity AI, capable de naviguer sur Internet de manière autonome pour effectuer des recherches et des achats à la place de l’utilisateur, sans intervention humaine à chaque étape.

Pourquoi Amazon a-t-il poursuivi Perplexity en justice ?
Amazon accuse Perplexity d’avoir configuré Comet pour accéder à sa plateforme de manière dissimulée, en usurpant l’identité d’un navigateur classique et en utilisant les identifiants de clients réels, en violation des conditions d’utilisation et des règles explicitement communiquées à la startup.

Qu’est-ce que le commerce agentique ?
Le commerce agentique (agentic commerce) désigne un modèle dans lequel un agent IA prend des décisions d’achat de manière autonome au nom d’un utilisateur : recherche, comparaison, sélection et paiement peuvent s’effectuer sans intervention directe de l’humain.

Perplexity est-elle la seule startup dans cette situation ?
Non. Google, OpenAI et d’autres acteurs développent des agents capables de naviguer et d’agir sur le web. Amazon a d’ailleurs explicitement interdit l’accès à sa plateforme à une quarantaine de bots d’IA dans son fichier robots.txt, dont ClaudeBot, ChatGPT-User et Gemini-Deep-Research.

Quel est l’enjeu pour les consommateurs ?
L’enjeu central est de savoir qui contrôle l’expérience d’achat et dans quelles conditions un tiers peut agir au nom d’un utilisateur. Les questions de sécurité des comptes, de responsabilité en cas d’erreur et de transparence algorithmique restent sans réponse réglementaire claire à ce jour.


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