Procès Miami : qui sont les accusés du meurtre de Jovenel Moïse ?

juillet 2, 2026
Léna Roussel
Ecris par Léna Roussel

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Procès Miami : qui sont les accusés du meurtre de Jovenel Moïse ?

Vous suivez depuis des mois l’une des affaires criminelles les plus retentissantes de cette décennie : le procès Miami assassinat Jovenel Moïse, qui s’est achevé le 8 mai 2026 par la condamnation de quatre hommes pour complot visant à tuer le président haïtien. Un verdict attendu, rendu après neuf semaines d’audiences, qui laisse pourtant entières les questions les plus brûlantes — à commencer par celle des commanditaires.

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, Jovenel Moïse était abattu à son domicile des hauteurs de Port-au-Prince par un commando d’une vingtaine d’hommes, majoritairement d’anciens militaires colombiens. Son épouse, Martine Moïse, était grièvement blessée et évacuée aux États-Unis. Ce crime a précipité Haïti dans un effondrement institutionnel dont le pays ne s’est toujours pas relevé — les gangs contrôlent aujourd’hui environ 90 % de la capitale.

Le tribunal fédéral de Miami a rendu son verdict. Reste à comprendre qui sont ces quatre hommes, ce qu’on leur reproche, et ce que ce procès révèle — et tait — sur l’une des conspirations politiques les plus opaques du siècle.


Quatre hommes, un complot ourdi depuis la Floride

Le sud de la Floride a servi de quartier général logistique pour planifier et financer l’opération. C’est la thèse que les procureurs fédéraux américains ont défendue tout au long des neuf semaines d’audiences. Selon eux, les accusés espéraient renverser Jovenel Moïse pour installer à sa place un dirigeant favorable à leurs intérêts — et décrocher au passage de juteux contrats de sécurité et d’infrastructures en Haïti.

Comme le résume l’assistant du procureur fédéral Sean McLaughlin lors des plaidoiries finales : "Cette affaire est très simple. C’est une affaire de cupidité, d’arrogance et de pouvoir."

Pour à peine plus de 300 000 dollars, ces hommes ont financé et organisé le recrutement d’un commando d’anciens soldats colombiens. Un budget d’assassinat politique qui donne le vertige par sa modestie.

⚠️ Attention : Le procès de Miami ne couvre qu’une fraction de l’affaire. La justice fédérale américaine s’est limitée à juger les personnes ayant un lien avec les États-Unis dans ce complot, sans prétendre reconstituer l’intégralité du réseau.

Les quatre accusés : portraits

Arcangel Pretel Ortiz — l’homme de l’ombre colombien

Arcangel Pretel Ortiz, 53 ans, de nationalité colombienne, est l’un des deux dirigeants d’entreprises de sécurité privée basées en Floride impliqués dans le complot. Cofondateur de la société qui a servi de façade opérationnelle, il est présenté par les procureurs comme l’un des architectes du recrutement des mercenaires colombiens.

Tout au long du procès, lui et ses co-accusés ont soutenu une ligne de défense commune : ils auraient agi de bonne foi, sur ordre de la justice haïtienne, et leurs hommes ne devaient qu’arrêter — non tuer — le président Moïse. Les jurés n’ont pas été convaincus.

Antonio Intriago — le partenaire vénézuélo-américain

Antonio Intriago, 63 ans, Vénézuélo-Américain, dirigeait lui aussi l’une des entreprises de sécurité au cœur du dispositif. Avec Pretel Ortiz, il formait le tandem entrepreneurial qui a donné une apparence de légitimité professionnelle à l’opération.

Sa double nationalité et ses connexions entre l’Amérique latine et la Floride en font un profil caractéristique de ces réseaux hybrides où sécurité privée, politique et intérêts financiers se croisent sans se nommer.

Walter Veintemilla — le financier équato-américain

Walter Veintemilla, 57 ans, Équato-Américain, occupait un rôle central dans une autre société de sécurité et a joué selon les enquêteurs une fonction déterminante dans le financement de l’opération. C’est lui qui est désigné comme "l’homme qui a financé l’opération" dans les conclusions de l’accusation.

Son profil est celui du facilitateur discret : pas en première ligne opérationnelle, mais pivot du circuit financier qui a rendu l’assassinat possible pour la somme dérisoire évoquée par les procureurs.

James Solages — le coordinateur américano-haïtien

James Solages, 40 ans, Américano-Haïtien, est le plus jeune des quatre accusés et celui dont le profil est le plus directement lié à Haïti. Il est accusé d’avoir coordonné certaines opérations avec Christian Emmanuel Sanon, médecin haïtiano-américain présenté comme le candidat choisi pour remplacer Jovenel Moïse après le coup d’État.

C’est précisément ce lien avec Sanon qui fait de Solages une pièce charnière entre les opérateurs floridiens et le volet politique haïtien du complot.

Les charges retenues : cinq chefs d’accusation

Le jury a retenu cinq chefs d’accusation contre les quatre hommes :

  • Complot pour assassiner ou enlever le président haïtien Jovenel Moïse
  • Fourniture de soutien matériel à l’opération criminelle
  • Accusation liée au terrorisme
  • Complot pour mener une expédition militaire illicite à l’étranger
  • Violation de la loi américaine sur la neutralité, qui interdit aux citoyens américains de faire la guerre à un pays en paix avec les États-Unis

Les quatre hommes risquent la prison à vie. La date de prononcé de la peine n’avait pas encore été fixée au moment du verdict.

Christian Emmanuel Sanon : un procès séparé à venir

Christian Emmanuel Sanon, médecin haïtiano-américain, est la figure la plus politique de ce dossier américain. Présenté par les procureurs comme le candidat pressenti pour succéder à Moïse après le coup d’État, il n’a pas été jugé lors de ce procès. Il sera jugé séparément aux États-Unis, selon les informations de RFI et Radio-Canada.

Son cas illustre la complexité de l’affaire : si les quatre condamnés sont les opérateurs du complot, Sanon représente sa dimension politique — l’homme qui, selon l’accusation, devait profiter du meurtre.

📌 À retenir : Au total, 13 hommes ont été arrêtés en lien avec l’assassinat de Jovenel Moïse. Huit d’entre eux ont plaidé coupable. Les quatre condamnés le 8 mai 2026 constituent le volet principal du procès de Miami.

Les condamnations déjà prononcées : le précédent Rodolphe Jaar

Ce procès n’est pas le premier verdict américain dans cette affaire. En juin 2023, Rodolphe Jaar, ancien trafiquant de drogue reconverti en informateur de la DEA (Drug Enforcement Administration), avait été condamné à la prison à perpétuité à Miami après avoir reconnu avoir fourni des armes et des munitions au commando.

Sa condamnation avait constitué le premier jalon judiciaire américain dans une affaire qui semblait initialement devoir rester l’apanage de la justice haïtienne — laquelle piétine depuis cinq ans. Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres dossiers complexes aux ramifications transnationales, comme la tentative d’attentat à New York où deux hommes ont été arrêtés avec du TATP, où la justice américaine s’est également saisie d’une menace à caractère international.

Ce que le verdict ne dit pas : les zones d’ombre persistent

Le procès de Miami a fait la lumière sur le comment du complot. Pas sur le qui a ordonné.

"Les condamnations pour complot n’ont pas permis de déterminer qui avait ordonné son assassinat", souligne The New York Times, cité par Courrier International. Une lacune que ressentent douloureusement les Haïtiens.

Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste, résume ainsi l’état d’esprit : "De nombreux observateurs haïtiens ont exprimé leur frustration après ce nouveau procès. Ils n’ont pas entendu les noms qu’ils espéraient voir apparaître parmi les accusés ou les condamnés."

L’enquête haïtienne : un dossier au point mort

En Haïti, la procédure parallèle avance à rebours. Cinquante suspects sont inculpés — dont l’ancienne première dame Martine Moïse —, mais entre invitations à comparaître ignorées, ordonnances contestées, auditions reportées et remaniements incessants de l’appareil judiciaire, le dossier semble évoluer à reculons, selon le correspondant de RFI à Port-au-Prince, Peterson Luxama.

Plusieurs personnalités citées dans l’enquête n’ont toujours pas été entendues sur le fond. La situation sécuritaire du pays — où les gangs contrôlent environ 90 % de Port-au-Prince — rend toute procédure judiciaire normale quasi impossible. Comme dans certains dossiers criminels aux tentacules multiples, à l’image de l’affaire DZ Mafia à Marseille avec ses 42 interpellations, démanteler un réseau ne suffit pas toujours à identifier ses véritables commanditaires.

Questions fréquentes sur le procès de Miami

Quel tribunal a jugé les accusés ?
Un tribunal fédéral de Miami, en Floride. La justice fédérale américaine s’est saisie du dossier en raison des liens des accusés avec les États-Unis — notamment leurs sociétés de sécurité privée basées en Floride.

Quelle est la peine maximale encourrue ?
Les quatre hommes reconnus coupables risquent la prison à vie. La date de prononcé de leur peine n’avait pas encore été fixée au moment du verdict du 8 mai 2026.

Qui était Christian Emmanuel Sanon ?
Médecin haïtiano-américain présenté par l’accusation comme le candidat pressenti pour remplacer Jovenel Moïse après le coup d’État. Il n’a pas été jugé lors de ce procès et doit être jugé séparément aux États-Unis.

L’enquête en Haïti a-t-elle abouti ?
Non. Malgré 50 suspects inculpés, dont l’ancienne première dame Martine Moïse, l’enquête haïtienne reste au point mort, entravée par l’instabilité politique et sécuritaire du pays.

Qui a été condamné avant ce procès dans cette affaire ?
Rodolphe Jaar, ancien trafiquant de drogue devenu informateur de la DEA, a été condamné à la prison à perpétuité à Miami en juin 2023 pour avoir fourni armes et munitions au commando.


Le verdict du 8 mai 2026 marque une étape judiciaire réelle — mais partielle. Quatre hommes condamnés, une mécanique du crime exposée, un budget d’assassinat chiffré à 300 000 dollars. Ce que le procès n’a pas produit, c’est ce que les Haïtiens attendent depuis cinq ans : le nom de celui, ou de ceux, qui ont commandé la mort de leur président. Cette question-là reste, pour l’instant, du ressort d’une justice haïtienne que le chaos gangrène jusqu’à la paralysie.

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