Mojtaba Khamenei : qui succède au Guide suprême de l’Iran ?

juin 30, 2026
Léna Roussel
Ecris par Léna Roussel

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Mojtaba Khamenei : qui succède au Guide suprême de l’Iran ?

Vous assistez, depuis le 8 mars 2026, à un paradoxe que l’histoire n’aurait pu imaginer : la République islamique d’Iran — fondée précisément contre la monarchie héréditaire des Pahlavi — vient de se doter d’un guide suprême par filiation directe. La succession de Khamenei en Iran a abouti à la désignation de son propre fils, Mojtaba Khamenei, 56 ans, clerc de rang intermédiaire et homme de l’ombre absolu depuis des décennies. Un basculement dynastique inédit, survenu dans le fracas d’une guerre contre les États-Unis et Israël, qui interroge profondément l’avenir de la République islamique.

Pour comprendre les enjeux de ce conflit qui a précipité cette succession, on peut se reporter au bilan humain de la guerre en Iran, qui documente l’ampleur des destructions depuis le déclenchement du conflit.


La mort d’Ali Khamenei et l’urgence d’une succession

L’ayatollah Ali Khamenei est mort le 28 février 2026, tué au premier jour de l’attaque lancée conjointement par les États-Unis et Israël. Trente-sept ans de règne absolu prennent fin dans la violence d’une frappe dont les modalités exactes restent partiellement obscures.

Selon la Constitution iranienne, la désignation du guide suprême revient à l’Assemblée des experts, collège de 88 hauts dignitaires religieux chiites élus au suffrage universel tous les huit ans — mais filtrés en amont par le Conseil des gardiens de la Constitution, qui écarte systématiquement les candidats jugés insuffisamment loyaux. Une mécanique institutionnelle conçue pour l’ordre, pas pour la guerre.

Un conseil provisoire composé du président réformateur Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et de l’ayatollah Alireza Arafi a assuré l’intérim — un trio que le média émirati The National qualifie de "duo inhabituel", tant les lignes idéologiques y cohabitent de façon précaire.

La pression des Gardiens de la Révolution a été déterminante. Selon Iran International, ils auraient activement milité pour une "nomination rapide" du successeur, "en dehors des procédures légales", sans attendre la réunion formelle de l’Assemblée des experts — jugée impossible à convoquer en contexte de guerre. C’est dans ce climat d’urgence militaire et d’impératif institutionnel que Mojtaba Khamenei a finalement été désigné le 8 mars 2026.

Portrait d’un héritier de l’ombre

📌 À retenir : Mojtaba Khamenei est né en 1969 à Mashhad. Il n’a jamais exercé de fonction élective, jamais prononcé de discours public, jamais accordé d’interview. Et pourtant, il vient de prendre la tête de l’un des régimes les plus opaques du monde.

C’est précisément cette invisibilité qui constitue la marque de fabrique du personnage. Là où son père régnait avec une présence publique assumée, Mojtaba a construit son pouvoir dans les coulisses du Bureau du Guide suprême — une machine administrative de plus de 5 000 fonctionnaires, dont il gérait l’accès et filtrait les dossiers, selon Le Nouvel Obs.

Adolescent, il a servi brièvement dans la 27e division des Gardiens de la Révolution pendant la guerre Iran-Irak, dans des rôles non combattants. Suffisamment longtemps, cependant, pour tisser des liens de camaraderie avec des hommes qui occuperont plus tard des postes clés dans les pasdaran, les services de renseignement et l’appareil d’État.

Des câbles diplomatiques américains publiés par WikiLeaks à la fin des années 2000 le décrivaient déjà comme "l’éminence grise", considéré comme un "dirigeant compétent et influent" au sein du régime, selon l’agence AP. L’homme de l’ombre, donc — mais une ombre qui portait sa propre lumière.

Pour Maneli Mirkhan, spécialiste de l’Iran interrogée par RMC, le portrait est moins flatteur : "Il est plus fanatique que son père, et il baigne dans la corruption depuis des décennies. Il a amassé une fortune ces dernières années. C’est la continuité de son père mais en pire."

L’entourage qui compte : Taeb, Qalibaf, Larijani

Comprendre Mojtaba Khamenei implique d’identifier les figures qui gravitent autour de lui et qui, à des degrés divers, conditionnent la marge de manœuvre du nouveau Guide.

  • Mohammad Bagher Qalibaf, chef du Parlement, a lui-même reconnu que l’Iran s’était préparé "à tous les scénarios", y compris la mort du Guide — ce qui suggère que la transition, aussi chaotique qu’elle paraisse, n’était pas entièrement improvisée.

  • Ali Larijani, figure conservatrice de long terme, ancien président du Parlement et négociateur expérimenté, représente l’aile pragmatique d’un régime qui sait, quand il le faut, transiger en coulisse.

  • Hossein Taeb, ancien chef du renseignement des Gardiens de la Révolution, incarne la dimension la plus dure du système : la surveillance intérieure, la répression des dissidences, la main de fer derrière le velours institutionnel.

Les Gardiens de la Révolution ont immédiatement prêté allégeance à Mojtaba le 8 mars, suivis par les forces armées et la police. Un signal clair : le nouveau Guide ne règne pas seul — il règne avec eux, et peut-être autant par eux que par lui-même.

La contradiction fondatrice : une monarchie dans une République islamique

C’est ici que le vertige idéologique atteint son sommet. La Révolution islamique de 1979 s’est construite précisément contre la dynastisation du pouvoir — contre le chah Mohammad Reza Pahlavi et sa conception héréditaire de l’autorité politique. Ali Khamenei lui-même avait écarté en 2024 le scénario d’une succession filiale.

Et pourtant.

L’Assemblée des experts — gardienne théorique de l’orthodoxie révolutionnaire — vient d’entériner exactement ce qu’elle était censée empêcher. Comme le note la BBC Afrique : "La République islamique a été fondée après la chute de la monarchie, et son idéologie repose sur le principe que le guide suprême doit être choisi pour sa stature religieuse et son leadership éprouvé, et non par succession héréditaire."

Ce paradoxe n’est pas seulement symbolique. Il fragilise la légitimité religieuse du nouveau Guide aux yeux d’une partie du clergé chiite, et donne des arguments supplémentaires à l’opposition en exil — notamment le MEK Iran, l’Organisation des Moudjahidines du Peuple, qui conteste la légitimité du régime depuis des décennies.

⚠️ Attention : La désignation de Mojtaba Khamenei en dehors des procédures légales habituelles — sous pression des Gardiens de la Révolution — crée un précédent institutionnel lourd de conséquences pour la gouvernance future du régime.

Implications géopolitiques : Washington, Tel Aviv et le détroit d’Ormuz

La réaction internationale n’a pas tardé. Avant même la nomination officielle, Donald Trump avait jugé la candidature de Mojtaba "inacceptable" et prévenu qu’un nouveau Guide suprême "ne tiendrait pas longtemps" sans son aval. Israël, de son côté, avait annoncé que tout nouveau dirigeant nommé par le régime constituerait une cible potentielle.

La guerre USA-Israël-Iran qui a emporté Ali Khamenei continue de remodeler l’équilibre régional. Les conflits dans le golfe Persique ont une longue histoire de bascules imprévisibles — et celle-ci en est peut-être la plus déstabilisante depuis des décennies.

La question du détroit d’Ormuz, verrou stratégique par lequel transite une part significative du pétrole mondial, reste posée. Les négociations entre Téhéran et Washington sur le nucléaire, déjà fragiles avant la guerre, sont désormais suspendues à la volonté d’un homme que personne, en dehors de l’Iran profond, ne connaît vraiment.

Ce que la discrétion de Mojtaba dit du régime

Le vrai signal politique de cette succession n’est pas dans le nom du successeur — c’est dans la méthode.

Un régime qui désigne son nouveau Guide en pleine guerre, sous pression militaire, en contournant ses propres procédures constitutionnelles, envoie un message d’une clarté brutale : la continuité à tout prix, quitte à sacrifier la légitimité procédurale sur l’autel de la survie institutionnelle.

Mojtaba Khamenei n’est pas un réformateur. Sa biographie, son réseau, ses années passées à filtrer l’accès à son père tout en gérant l’appareil sécuritaire dans l’ombre dessinent le profil d’un homme de système — d’un consolidateur, pas d’un libéralisateur.

💡 Astuce analytique : Pour évaluer la trajectoire du nouveau régime, observez moins les discours officiels que les nominations aux postes clés des Gardiens de la Révolution dans les prochaines semaines. Ce sont elles qui diront si Mojtaba Khamenei gouverne — ou si ce sont les pasdaran qui gouvernent à travers lui.

La République islamique a survécu à la mort de Khomeini en 1989. Elle tente aujourd’hui de survivre à la mort de Khamenei dans des conditions autrement plus périlleuses : une guerre en cours, une économie sous sanctions, une jeunesse qui manifeste depuis des années, et un successeur dont la légitimité religieuse reste à construire. L’histoire, elle, a une fâcheuse tendance à ne pas se répéter deux fois de la même façon.


Questions fréquentes sur la succession de Khamenei en Iran

Mojtaba Khamenei a-t-il une légitimité religieuse suffisante pour être Guide suprême ?

Mojtaba Khamenei est clerc de rang intermédiaire. Contrairement à son père, il ne dispose pas d’une stature religieuse comparable aux grands ayatollahs. Sa nomination a été rendue possible par la pression des Gardiens de la Révolution, pas par consensus du clergé chiite — ce qui fragilise sa légitimité aux yeux d’une partie des religieux.

Comment Ali Khamenei est-il mort ?

L’ayatollah Ali Khamenei a été tué le 28 février 2026, au premier jour de l’attaque conjointe menée par les États-Unis et Israël. Les modalités exactes de l’opération restent partiellement non divulguées.

Qui a désigné Mojtaba Khamenei ?

L’Assemblée des experts — collège de 88 dignitaires religieux chiites — a officiellement désigné Mojtaba Khamenei le 8 mars 2026. Mais la pression des Gardiens de la Révolution, qui militaient pour une nomination rapide hors procédure légale normale, a été déterminante dans ce choix.

Pourquoi cette succession est-elle paradoxale ?

Parce que la République islamique a été fondée en 1979 contre la monarchie héréditaire des Pahlavi. Nommer le fils du Guide pour lui succéder contredit le principe fondateur selon lequel l’autorité suprême doit reposer sur la stature religieuse, non sur la filiation.

Quelle est la position des États-Unis face à Mojtaba Khamenei ?

Donald Trump a jugé sa candidature "inacceptable" avant même sa nomination officielle, prévenant qu’un nouveau Guide "ne tiendrait pas longtemps" sans son aval. Israël a parallèlement annoncé que tout nouveau dirigeant du régime serait considéré comme une cible.


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